La collection Croix-Rouge Colpach

Le parc accueille depuis les années 1920 les sculptures des plus grands représentants français du genre de la 1ère moitié du XXème siècle : Maillol, Despiau, Bourdelle. Acquise par Aline et Emile Mayrisch dès leur arrivée au château, la collection fut léguée à la Croix-Rouge luxembourgeoise dont le couple fut à la base de sa création en 1914.

Textes sur les oeuvres : Patricia De Zwaef  - Photos : Vincent Seyll et Patricia De Zwaef 

 

Pomone d'Aristide MAILLOL (Banyuls-sur-Mer, 1861-Banyuls-sur-Mer, 1944)

Bronze - circa 1918

Cette figure mythologique représente la déesse romaine de l’abondance, gardienne de la vitalité des arbres fruitiers. En effet, Pomone, qui vient du mot latin pomonum, signifie le fruit issu de l’arbre. La nymphe est présentée debout, grandeur nature, et nue. Une guirlande orne sa chevelure. Les bras s’écartent du corps pour offrir les pommes qu’elle tient dans chacune de ses mains. Avec cette sculpture « classique  », Maillol fait référence à la statuaire antique et à la beauté idéale. 

C’est probablement chez le marchand Eugène Druet que les Mayrisch voient, durant la Première Guerre Mondiale, la Pomone d’Aristide Maillol que les collectionneurs suisses Hahnloser s’apprêtent à acquérir. D’après Ursel Berger, la Pomone des Mayrisch est vraisemblablement le troisième exemplaire sur les quatre au total fondus chez Florentin Godard, après celle commandée par le collectionneur russe Ivan Morosov en 1910 et celle des Hahnloser à Winterthur en 1916.


Le Jeune Somali de Georg KOLBE (Waldheim, 1877-1947)

Bronze - arrivé à Colpach en 1928

Dans le potager à Colpach se trouve également Le Jeune Somali, un bronze du sculpteur allemand Georges Kolbe, membre de la Berliner Secession, association créée en 1898 regroupant des artistes intéressés par l'évolution moderne de l'art en réaction au conservatisme ambiant. Dès 1900, Aline Mayrisch écrit dans la revue L’Art Moderne sur l’exposition de la Sécession de Munich qui a inspiré la Berliner Secession. Elle est aussi abonnée à Pan la revue allemande d’art et de littérature ouverte sur le modernisme et qui se fait écho de ces mouvements sécessionnistes. Kolbe n’est certes pas un inconnnu pour Aline Mayrsich ; celui-là même qui a fait le buste en bronze du Comte Harry Kessler. L’on apprend dans un courrier à Aline le 30 janvier 1928 qu’André Gide est allé choisir une sculpture dans l’atelier de Kolbe à Berlin parce qu’Emile Mayrisch hésite entre deux. Elle convient que ce choix est judicieux dans le contexte franco-allemand puisque Colpach ne dispose jusqu’à présent d’aucune œuvre allemande. Une petite Kauernde de Kolbe ornait déjà une cheminée d’un salon du château en plus du jeune Somali.


 

La Mort du Dernier Centaure d'Antoine BOURDELLE (Montauban, France 1861-1929)

Bronze - 1925

Il s'agit d'une fonte de son ami Alexis Rudier haute de près de trois mètres, présent dans le parc Colpach depuis 1925. Bourdelle s’inspire de la fresque de la Mort du Dernier Centaure, symbole du destin de l’homme artiste dans son combat contre l’existence, qu'il exécute entre 1911 et 1913 pour le décor de l’atrium du Téâtre des Champs Elysées.  L’exemplaire acquis par les Mayrisch est exposé au Salon des Arts Décoratifs de Paris en 1925. On relève dans un échange de courriers entre Aline Mayrisch et l’épouse de Bourdelle, la même année, que le couple a également acheté le buste d’Apollon qu’Aline avait vu dans l’atelier de l’artiste. Rien d’étonnant puisqu’Apollon est le dieu grec des arts, du chant, de la musique et de la poésie. Ce buste est intéressant à plus d’un titre car il est le symbole de la rupture de Bourdelle, praticien chez Auguste Rodin entre 1893 et 1908, avec le Maître.

 


Le Réalisateur de Charles DESPIAU (Mont-de-Marsan, 1874-Paris,1946)

Bronze - 1929-1937

Le 5 mars 1928, Emile Mayrisch décède dans un accident de voiture à Châlons-en-Champagne en route pour une réunion de travail à Paris. Une page de Colpach se tourne. Peu de temps après, Aline commande les plans d’un domaine funéraire à l’architecte Auguste Perret avec un socle pour y placer une sculpture. Une lettre de Mme Mayrisch à Agnès Copeau datée du 7 juin 1928 précise « Perret me dessine un monument très souple – une dalle horizontale – et j’espère y trouver plus tard une œuvre d’art à y placer ». En effet, elle passe ensuite commande à Charles Despiau d’un sculpture pour orner la tombe de son défunt mari.Dans une lettre à Jean Schlumberger datée du 6 mars 1929, Aline lui annonce que : « la sépulture d’Emile, achevée juste (et à grand-peine) pour l’anniversaire, est fort belle telle que l’a conçue Perret. Et le projet de Despiau, quoiqu’encore embryonnaire, me donne les plus grandes espérances. C’est le sculpteur Dejean qui essayera d’un nouveau buste. » Embryonnaire, il en est certes, car Despiau travaille de longues années sur Le Réalisateur qui ne sera livré à Colpach qu’en 1937.




Buste de Jeune Femme d'Albert KRATZENBERG (1890-1966)

Pierre Calcaire - années 30

Sculpteur luxembourgeois qui a eu le prix Grand-Duc Adolphe du CAL en 1928. Il est également l'auteur des bas-reliefs sur la façade de l’Hôtel de Ville d’Esch.

 


Le Voyageur des Nuits d'Alicia PENALBA (Argentine 1913-France 1982)

Bronze - 1957

Sculptrice non-figurative originaire d’Argentine, elle est lauréate en 1948 d’une bourse. Elle s’établit à Paris et travaille durant 3 ans dans l’atelier de Zadkine. Elle découvre alors les œuvres de Hans Arp, Brancusi et Giacometti. Avec d’autres, elle marque un renouveau de la sculpture à partir des années 50. En 1961, elle obtient le Prix International de Sculpture de la 5ème Biennale de São Paulo au Brésil.


Son oeuvre se retrouve dans quelques prestigieuses collections muséales : le p
arc de sculptures de la Fondation Gianadda à Martigny en Suisse, le Musée de sculptures en plein air Middelheim à Anvers et le Kröller-Müller Muséum à Otterlo aux Pays-Bas.

Le voyageur des Nuits est arrivé à Colpach durant les années 90 à l'occasion de l'inauguration de la nouvelle annexe du centre de convalescence et sa provenance doit encore être retracée.



Phoenix de Tom FLICK (Luxembourg 1968-)

Granit - 2010

Dans la mythologie grecque, le phénix est l’oiseau symbole de l'immortalité et la résurrection. Il serait mort puis ressuscité dans les flammes, d'où la formule "renaître de ses cendres". L’artiste a voulu signifier la force nouvelle, l’énergie qui renait après un séjour au Centre de Convalescence. L’œuvre a été réalisée spécialement pour l’inauguration du nouveau bâtiment en 2010.

 



Still Moment de Tom FLICK (Luxembourg 1968-)

Granit - 2010

L'oeuvre illustre, au moyen de gouttes figées, le séjour passé au Centre de Convalescence comme un temps mis en suspension, hors des contingences de la vie quotidienne, de la vie professionnelle. Un temps pour soi, pour se ressourcer. Le granit a été commandé à l'artiste pour l’inauguration du nouveau bâtiment.


 

 

Couple de Griffons (XIXème siècle). Artiste inconnu

Le 27 janvier 1917, Emile Mayrisch, directeur de l’ARBED, achète le château et le domaine de 33ha. Entre 1917 et 1920, il fait procéder à l’agrandissement et à la transformation du château dans un style sobre et élégant de « Landhaus » par l’architecte Sosthène Weis. Les 2 griffons s'y trouvaient déjà.